L’ HPGRB et la facultĂ© de mĂ©decine de l’UCB travaillent d’arrache-pied avec d’autres partenaires dans le domaine de la santĂ© dont la GIZ pour un vaste projet Ă travers l’Afrique subsaharienne sur le sepsis.Â
Ce flĂ©au qui affecte plus de 30 millions de personnes et entraĂ®ne entre 6 et 11 millions de dĂ©cès chaque annĂ©e Ă travers le monde avec un risque de doubler ces chiffres d’ici 2050 avec le vieillissement de la population. Selon l’OMS et le CDC, l’Afrique serait le continent le plus affectĂ© et particulièrement les nouveau-nĂ©s et les enfants.
Le sepsis est considĂ©rĂ© aujourd’hui par les spĂ©cialistes comme une urgence vitale car son Ă©volution est imprĂ©visible, souvent rapide, entrainant une dysfonction de plusieurs organes. Ceci mène inĂ©luctablement vers la mort si une prise en charge adĂ©quate n’est pas immĂ©diatement entreprise, renseigne le docteur Mateso Guy-Quesney, responsable du dĂ©partement de la mĂ©decine aiguĂ« Ă l’HPGRB.Â
La JournĂ©e mondiale contre le sepsis a pour but de sensibiliser le grand public et les dĂ©cideurs sur le danger qu’impose ce majeur problème de santĂ© publique mais Ă©galement sur les moyens simples et moins coĂ»teux pour prĂ©venir les infections qui constituent le primum movens de tout Ă©tat septique.
C’est quoi donc le sepsis ?Â
Le terme sepsis (anciennement appelĂ© septicĂ©mie pour dire putrĂ©faction Ă travers le sang selon la dĂ©finition du mĂ©decin français Pierre Piorry en 1837) dĂ©signe l’ensemble des consĂ©quences nĂ©fastes causĂ©es par la rĂ©action inappropriĂ©e de notre système de dĂ©fense (système immunitaire) face aux diverses agressions microbiennes qui causent les infections. Ce qui entraĂ®ne une dysfonction des organes vitaux comme le cĹ“ur, le foie, les reins, le système circulatoire et le cerveau, et la mort si la prise en charge n’est pas adĂ©quate.
Tous les microbes pathogènes sont susceptibles de causer un Ă©tat de sepsis. Les bactĂ©ries sont souvent la raison principale des Ă©tats septiques. C’est pourquoi dans la prise en charge, les antibiotiques sont couramment utilisĂ©s. En Afrique, le paludisme grave (comme la malaria cĂ©rĂ©brale) est causĂ© par un parasite nommĂ© Plasmodium farciparum, qui est une forme particulière de sepsis. Il en est de mĂŞme pour certaines infections occasionnĂ©es par des virus particuliers comme le SARS-Cov-2, responsable du Covid-19 qui entraĂ®ne une rĂ©ponse inappropriĂ©e du système immunitaire de certaines personnes en crĂ©ant un ouragan cytokinique qui est responsable de la destruction brutale de la structure naturelle de certains organes vitaux comme les pouvons. Ce qui mène rapidement vers une insuffisance respiratoire responsable de la mort. Les personnes vivant avec des maladies dĂ©bilitantes comme le VIH, les cancers ou celles soumises Ă des traitements agressifs comme les greffĂ©s d’organes sous immunosuppresseurs sont parfois victimes de sepsis causĂ© par des champignons.
Quels sont les signes qui permettent de reconnaĂ®tre un sepsis ?Â
Le docteur Mateso nous informe qu’il n’y a pas des signes pathognomoniques du sepsis. Le diagnostic du sepsis est le fruit des consensus qui ont Ă©voluĂ© Ă travers le temps. En effet, la première dĂ©finition a Ă©tĂ© acceptĂ© au bout du consensus SEPSIS 1 de 1990 et qui associĂ© Ă une infection (toux, coma, brĂ»lures mictionnelles, diarrhĂ©es etc..), la prĂ©sence d’au moins deux d’Ă©lĂ©ments suivants :
– une fièvre (tempĂ©rature corporelle Ă©levĂ©e)
– une tachycardie (rythme cardiaque rapide)
– une tachypnĂ©e (rythme respiratoire rapide)
– ou hyperleucocytose (augmentation anormale des cellules de dĂ©fense dans le sang circulant).
Et quand, Ă ce tableau clinique s’ajoutait une hypotension (baisse de la pression artĂ©rielle), on parlait de sepsis sĂ©vère voire de choc septique (stade ultime avant la mort).
Mais depuis 2016, cette dĂ©finition a Ă©tĂ© abandonnĂ©e Ă l’issue du consensus SEPSIS 3 et remplacĂ©e par celle qui tient compte du score de SOFA ou score qui Ă©value la dysfonction d’organes vitaux (cerveau, appareil circulatoire, reins poumons et foie) soit quantitativement (nombre d’organes affectĂ©s) soit qualitativement (la profondeur de la dysfonction de chaque organe affectĂ©).
Au Sud-kivu et particulièrement Ă l’HGRB, le sepsis dans ses formes graves qu’on appelle communĂ©ment Ă©tat de choc septique est responsable de la moitiĂ© de cas des dĂ©cès tant pour les nouveau-nĂ©s, les enfants en pĂ©diatrie que chez les adultes et reste donc la cause principale de dĂ©cès dans notre milieu. Entre 10 Ă 12 % d’admissions pour sepsis arrivent en Ă©tat très critique avec dĂ©faillance d’au moins un organe et nĂ©cessite une admission aux soins intensifs.
Selon le docteur Mateso, cet ensemble de complications dues Ă une infection peuvent ĂŞtre Ă©vitĂ©es en adoptant et en recourant aux gestes simples de contrĂ´le et de prĂ©vention d’ infections (PCI) tant dans la communautĂ© que dans le milieu hospitalier. Et le plus simple de ces gestes, c’est le LAVAGE DES MAINS.
“N’importe quelle infection peut conduire Ă un sepsis, d’oĂą il est vivement conseillĂ© de recourir Ă des professionnels bien qualifiĂ©s suivant la pyramide sanitaire prĂ´nĂ©e par le ministère de la santĂ© de la RĂ©publique DĂ©mocratique du Congo et surtout d’Ă©viter la pratique d’automĂ©dicamentation et les centres antipoison non certifiĂ©s. “;
” Nous disposons actuellement d’une Ă©quipe, d’appareils  et des mĂ©dicaments pour la surveillance et la prise en charge efficaces des malades victimes d’Ă©tats septiques. Et cela nous a permis d’enregistrer des rĂ©sultats dont nous sommes fiers, car le taux de mortalitĂ© par sepsis a Ă©tĂ© rĂ©duit de moitiĂ© sur les 5 dernières annĂ©es dans tous les dĂ©partements de l’HPGRB”.                                                Â
Les dĂ©fis majeurs dans la prise en charge      Â
Au vu de ce qui prĂ©cède, les vĂ©ritables dĂ©fis Ă surmonter, restent entre autres, les situations de transfèrement tardif. Car la majoritĂ© des malades qui meurent dans le tableau de sepsis arrivent tardivement en Ă©tat de dĂ©faillance multiorganique et dont la surveillance et la prise en charge sont  très lourdes en termes d’explorations biologiques (examens de laboratoire), radiologiques (scanner, radiographie standard, Ă©chographie, IRM), endoscopiques, etc. et de supplĂ©ances : assistance respiratoire par respirateur, l’assistance rĂ©nale par la dialyse, l’assistance circulatoire et cardiaque par des amines vasoactives, etc. Or la plupart des malades admis dans un Ă©tat de sepsis sont les plus dĂ©munis. Et d’ailleurs les rescapĂ©s de sepsis sont pour la majoritĂ©, jusqu’Ă 60%, ceux qui n’arrivent pas Ă honorer leurs factures envers l’hĂ´pital”, renseigne-t-il.
En moyenne, les malades victimes de sepsis passent entre 10 et 15 jours d’hospitalisation Ă cause d’un sĂ©jour en rĂ©animation et surtout par le fait qu’ils doivent recevoir des antibiotiques Ă fortes doses par la voie veineuse.
Au vu de ce qui prĂ©cède, l’HPGRB en appelle Ă une conscience collective, Ă des efforts communs pour mener une guerre contre toutes les formes d’infections responsables du sepsis.
Enfin, il serait impĂ©rieux que l’État permette Ă toutes les couches de la population d’accĂ©der aux soins de qualitĂ© et cela dans le temps.