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Changer le discours sur le suicide au Sud-Kivu : briser le silence, semer l’espoir

Une mobilisation collective pour briser le silence

Chaque année, le 10 septembre marque la célébration de la Journée Mondiale de Prévention du Suicide. En 2026, cette journée internationale achève son cycle triennal sous une thématique d’une importance capitale : « Changer le discours sur le suicide », appuyée par un mot d’ordre universel : « Commencer la conversation ». Pour l’Hôpital Provincial Général de Référence de Bukavu (HPGRB), cette commémoration ne se limite pas à un jalon du calendrier sanitaire. Elle constitue une opportunité majeure d’ouvrir un espace de réflexion, de dialogue et de sensibilisation au sein de notre communauté au Sud-Kivu.

La détresse psychologique, bien qu’invisible, est une réalité humaine profonde qui traverse toutes les couches de notre société. Trop souvent, la souffrance mentale est enveloppée dans une chape de plomb, nourrie par le silence, les tabous culturels ou la peur du jugement d’autrui. Pourtant, les faits démontrent qu’engager une discussion ouverte, honnête et dénuée de préjugés est le premier rempart pour sauver des vies et redonner de l’espoir à ceux qui vacillent.

Une réalité mondiale aux répercussions locales

À l’échelle planétaire, le suicide demeure un défi de santé publique majeur. Chaque année, plus de 720 000 personnes mettent fin à leurs jours. Derrière ce chiffre se cachent des tragédies individuelles et familiales incommensurables, qui ébranlent durablement des foyers, des milieux professionnels et des communautés entières. Ce fléau touche de manière particulièrement aiguë la jeunesse : le suicide représente la troisième cause de décès chez les adolescents et jeunes adultes âgés de 15 à 29 ans. De plus, les statistiques révèlent que 73 % de ces drames surviennent dans les pays à faible et moyen revenu, soulignant l’importance cruciale de développer des mécanismes de prévention adaptés à nos réalités socio-économiques.

Dans notre province du Sud-Kivu, les difficultés du quotidien, le stress lié à l’environnement général et les épreuves collectives vécues par les populations pèsent lourdement sur l’équilibre émotionnel des individus. Face à ces tensions accumulées, la santé mentale est parfois mise à rude épreuve. Pourtant, exprimer son mal-être ou admettre que l’on traverse une crise psychologique reste une démarche difficile. La stigmatisation sociale pousse de nombreuses personnes à s’isoler, aggravant ainsi leur sentiment de solitude et d’abandon. Il est donc urgent de transformer notre perception collective de la souffrance psychique.

Briser les mythes : Le pouvoir thérapeutique de la parole

L’un des obstacles les plus tenaces à la prévention est la croyance selon laquelle parler ouvertement du suicide pourrait inciter une personne vulnérable à passer à l’acte. La recherche scientifique et l’expérience clinique réfutent catégoriquement ce mythe. Parler des pensées suicidaires de manière bienveillante et calme n’augmente pas le risque de survenue de ce drame. Au contraire, une conversation franche et attentive offre une véritable soupape de sécurité émotionnelle. Elle permet à l’individu en détresse de briser son isolement, de mettre des mots sur son immense douleur et d’envisager qu’une alternative existe.

En psychiatrie et en psychologie des médias, les experts s’accordent sur l’existence de l’effet Papageno. Ce concept démontre que la diffusion de messages d’espoir, de soutien et de récits de personnes ayant réussi à surmonter une crise psychologique grâce à une aide professionnelle a un impact protecteur et préventif avéré. En partageant des solutions concrètes et en rappelant que la détresse est un état surmontable, nous pouvons inspirer confiance et guider ceux qui souffrent vers le chemin de la résilience.

Le choix des mots : Vers un langage bienveillant

Changer le discours commence par modifier notre vocabulaire de tous les jours. La manière dont nous parlons de la détresse influe directement sur la volonté des personnes concernées à demander de l’aide. Les directives éthiques nationales et internationales d’aide à la prévention recommandent vivement l’usage d’un langage sécuritaire, respectueux et axé sur la personne.

  • Ce qu’il convient d’éviter : Des termes stigmatisants comme « commettre un suicide » ou « suicide réussi ». Le mot « commettre » associe historiquement cet acte à un crime ou à un péché, tandis que le terme « réussit » présente à tort le décès comme un objectif ou un accomplissement positif.
  • Ce qu’il convient de privilégier : Des expressions factuelles et neutres telles que « décès par suicide »« perte par suicide » ou « personne traversant une crise psychologique profonde ».

Ces nuances de langage suppriment la notion de jugement moral, humanisent la souffrance et facilitent l’accès aux structures de soins.

L’HPGRB : Un pilier d’écoute, de soins et d’accompagnement

Établi au carrefour des trois communes urbaines de la ville de Bukavu (Ibanda, Kadutu et Bagira), l’Hôpital Provincial Général de Référence de Bukavu (HPGRB) est une structure médicale de l’État cédée en gestion à l’Archidiocèse de Bukavu. Fort d’une triple vocation de soins de qualité dispensés à la population, d’enseignement clinique pour les étudiants en médecine de l’Université Catholique de Bukavu (UCB) et de recherche sur les réalités sanitaires locales, notre établissement se positionne comme un acteur de référence en Afrique centrale.

Au-delà de la médecine physique et chirurgicale, l’HPGRB accorde une place essentielle à la prise en charge globale de l’être humain, englobant la santé physique et l’accompagnement psychosocial. Ouvert 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, l’hôpital abrite des équipes qualifiées de médecins, de psychiatres et de psychologues cliniciens prêts à offrir une écoute attentive, chaleureuse et strictement confidentielle.

Conformément à la charte et à la philosophie de notre institution, chaque patient est accueilli avec dignité, respect et humanité, sans aucune discrimination, en mettant en œuvre au quotidien notre devise : « Le patient est roi ». Nos services d’appui psychosocial travaillent sans relâche pour désamorcer les crises émotionnelles, accompagner les familles et offrir un accompagnement personnalisé dans un cadre sécurisant et protecteur.

Comment agir à notre niveau ? Des gestes simples pour sauver des vies

La prévention du suicide n’est pas uniquement l’affaire des professionnels de la santé ; elle repose sur la vigilance et la solidarité de chacun d’entre nous au quotidien. Voici des attitudes concrètes que nous pouvons tous adopter pour soutenir un proche, un collègue ou un voisin en difficulté :

  1. Prêter attention aux signaux d’alerte : Un repli inhabituel sur soi, un désintérêt soudain pour les activités habituelles, des propos exprimant un sentiment d’inutilité (« je suis un fardeau pour vous »« bientôt vous serez débarrassés de moi ») ou une négligence progressive de soi sont des signes de détresse qui doivent susciter notre attention.
  2. Poser la question simplement : N’ayez pas peur d’aborder le sujet directement mais toujours avec douceur. Poser des questions simples comme : « Je remarque que tu traverses des moments difficiles en ce moment, comment te sens-tu réellement ? » ou « Est-ce qu’il t’arrive d’avoir des idées sombres ? » peut ouvrir la porte à une confidence libératrice.
  3. Écouter sans juger et sans conseiller à la hâte : La personne en crise a besoin de se sentir comprise, pas d’être moralisée ou réprimandée. Évitez les formules toutes faites comme « sois fort » ou « secoue-toi », qui peuvent être perçues comme une minimisation de sa souffrance. Dites plutôt : « Je vois que tu as très mal, et je suis là pour t’écouter. »
  4. Guider vers des professionnels de confiance : Encouragez calmement la personne à consulter un psychologue ou à se rendre dans une structure de santé adaptée comme l’HPGRB, où elle pourra bénéficier d’une prise en charge adéquate et confidentielle.

Changer le discours, c’est comprendre que la détresse psychologique n’est pas une fatalité ni une honte, mais une surcharge émotionnelle qui nécessite du soutien, de la compassion et des soins appropriés. Ensemble, en commençant la conversation dès aujourd’hui, nous pouvons allumer une lueur d’espoir et préserver la vie.

 FIN.